Nous marchions tous les deux sur le boulevard Saint Germain. Les passants étaient gris, les trottoirs, le ciel et les toits étaient gris. Ton dos et tes cheveux étaient gris aussi et j’étais bien dans ce camaïeu de gris parce que j’avais envie de me reposer.
De me reposer de tout ce temps passé avec toi. Ces longues années de bonheur, de cris d’enfants, de ris et de pleurs. Il fallait bien oublier tout ça.
Il fallait bien changer la vie avant qu’elle vous emporte, connaître autre chose.Fatiguée, fatiguée de tant de bonheur.
Les arbres dénudés aux troncs noircis attendaient leurs parures de noël. Il faisait froid au bout des doigts et dans le cœur et c’était bien…
Il fait bon être triste démesurément parfois. Abandonnée. Cela remue le cœur, permet de regarder les choses enfouies qu’on a cru oublier.»
Léa referme le carnet jaune. Voilà, elle a relu.
Elle lève les yeux et sourit à cet homme assis en face d’elle.
Le café de la Mairie est tout embué.
Place Saint Sulpice il fait froid et la condensation glisse sur les vitres comme un rideau de pluie.
La mousse de la bière colle aux parois des verres vides. Le zinc est froid.
Il poisse.
Mais la bouche de Léa est rouge vif et charnue, son teint est lumineux et ses longs cheveux noirs brillent sous le néon.
L’homme lui prend la main et ses yeux disent ; - on y va ?
