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«      ous marchions tous les deux sur le boulevard, comme si c’était  la dernière fois…Et c’était la dernière fois.
Ton pas rapide et scandé trahissait tes pensées. Déjà, tu étais dans le devenir du désastre. Tout allait changer. Nos habitudes, la tiédeur de nos longues nuits. Tout allait devenir si compliqué.
Nos mots l’avaient dit, il était trop tard.Je trébuchais derrière toi et te rattrapais et puis je te perdais de nouveau.
Pour ne pas avoir peur, seule, toute seule dans la foule, je souriais mécaniquement aux passants, aux arbres, à ton dos. Je me disais que tout cela n’était pas si grave, que la vie continuerait bien.
Mais autrement.

Nous marchions tous les deux sur le boulevard Saint Germain. Les passants étaient gris, les trottoirs, le ciel et les toits étaient gris. Ton dos et tes cheveux étaient gris aussi et j’étais bien dans ce camaïeu de gris parce que j’avais envie de me reposer.

De me reposer de tout ce temps passé avec toi. Ces longues années de bonheur, de cris d’enfants, de ris et de pleurs. Il fallait bien oublier tout ça.
Il fallait bien changer la vie avant qu’elle vous emporte, connaître autre chose.Fatiguée, fatiguée de tant de bonheur.
Les arbres dénudés aux troncs noircis attendaient leurs parures de noël. Il faisait froid au bout des doigts et dans le cœur et c’était bien…
Il fait bon être triste démesurément parfois. Abandonnée. Cela remue le cœur, permet de regarder les choses enfouies qu’on a cru oublier.»

 Léa referme le carnet jaune. Voilà, elle a relu.
Elle lève les yeux et sourit à cet homme assis en face d’elle.
Le café de la Mairie est tout embué.
Place Saint Sulpice il fait froid et la condensation glisse sur les vitres comme un rideau de pluie.
La mousse de la bière colle aux parois des verres vides. Le zinc est froid.
Il poisse.
Mais la bouche de Léa est rouge vif et charnue, son teint est lumineux et ses longs cheveux noirs brillent sous le néon.
L’homme lui prend la main et ses yeux disent ; - on y va ?

LA RECONCILIATION
Ensemble ils se lèvent. Léa ajuste un foulard de soie autour de son cou. Bannière flottante, multicolore.
Ils quittent le café de la Mairie et partent en direction de l’hôtel.

La chambre sent la cretonne et le vernis à bois fraîchement repassé.
Léa retire son manteau et le foulard s’envole.
La fermeture éclair de sa robe crisse. Elle défait ses collants tièdes et va à la fenêtre.
Il faut tirer le rideau.Ses seins dansent. L’homme regarde ses hanches bouger.
Elle voit son reflet dans la vitre, et aussitôt elle sait qu il est prêt.
Elle va à lui.
Il était son mari, il redevient son amant.

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