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   e Week-end nous sommes partis Jacques et moi à Cabourg. Les deux jours ont été fort agréables de brume, puis de soleil et de plage, de complicité joyeuse.Je disais à Jacques «  crois-tu qu’on est heureux ici tous les deux !

 »Nous étions partis par un brouillard dense.Une purée de pois nous a brouillé la vue jusqu’à l’arrivée dans Cabourg où le voile s’est déchiré dans les rues, dans les avenues.
Nous avons posé nos bagages dans la chambre d’hôtel et quand nous avons entamé à pieds la traversée de la ville pour nous rendre sur la plage, nous avons aperçu en toile de fond une vapeur opaque recouvrant l’immense bol qu’était devenue la mer.

C’était quelque chose d’incroyable cette vapeur qui s’élevait en haut des toits des maisons qui bordaient la plage, comme si un événement né de l’horizon était survenu.Nous avancions tous les deux dans le sens inverse des passants qui refluaient sur la ville. Une légère clameur accompagnait cette foule décidée qui marchait à contresens.J’avais l’idée secrète que quelque chose était arrivé mais je n’osais pas encore le dire à Jacques. J’attendais de voir, et du coup nous pressions le pas.

Quand nous sommes arrivés sur l’esplanade, on a constaté qu’il n’y avait plus la mer ; elle avait glissé dans l’abîme vaporeux et on devinait à peine le sable en contrebas qui ourlait la promenade.

Nous sommes descendus par les marches de béton,  laissant le brouillard nous happer. Nous disparaissions à notre tour.
C’est alors que nous nous sommes rendus compte que  nous n’étions pas seuls sur la plage et la mer disparues. Il y avait des sons. Des chocs. Nous avons avancé puis nous sommes mis à marcher plus vite, comme on le fait toujours. Comme à l’accoutumée, comme si de rien n’était.
Le paysage était cassé. Autour de nous, rien de visible, mais des ombres se mouvaient toutes proches, des ombres indéfinissables qui faisaient leurs bruits habituels ; celui du ballon poursuivi sur la plage avec des personnes qui se hèlent et les chiens qui jappent, et c’était comme si nous étions devenus des aveugles.

Nous nous tenions par le bras errant dans l’opacité avec de temps à autre un rai lumineux qui tentait de transpercer le brouillard et là, avec cette petite fenêtre ouverte aussi subitement qu’elle se refermait, je me mettais à imaginer un paysage d’après guerre nucléaire, paysage d’un jour endeuillé par le soleil disparu pour des siècles avec au sol des choses éparses, sèches et dénudées qui se tordent.

Nous allions ainsi en silence, l’un contre l’autre tout empreints d’une inquiétude que nous ne disions pas, du coté de la lumière, avançant au pas de course vers cette frontière lumineuse où nous espérions que l’air redeviendrait  transparent.

Alors subitement nous sommes passés dans un décor que nous reconnaissions. Le soleil s’est mis à nous éblouir et sa chaleur à nous envelopper.

Les promeneurs et les chiens avaient repris corps. Des ballons flottaient dans l’air et leurs tâches de couleurs scintillaient au soleil.

Les squelettes blanchâtres épars sur le sable redevenaient de simples racines de bois attendries par la mer.

Nous respirions enfin la lumière.

Le lendemain fut une journée totalement délicieuse. Nous avons ouvert les rideaux sur un ciel bleu turquoise. La température était estivale. Nous nous sommes accordés sur le rien, le vide, la liberté totale qui régleraient notre emploi du temps.

Nous avons alors vécu intensément chaque minute car nous avions encore dans nos yeux grands ouverts, l’image opaque de la vie qui s’en va.

C
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BRUME
Je voudrais revoir la lumière