Le fumier sur le bas coté de la route lâchait une petite fumée puante.Très vite je suis arrivée dans les champs de blés mûrs. J’y ai retrouvé les mêmes bleuets et coquelicots de mon enfance. Le rouge était vif, le bleu profond.J’étais seule à marcher sur la caillasse avec les papillons et tout à coup ma petite sœur m’est apparue.
Elle m’accompagnait, Malou, je la voyais très nettement.
Au début elle était face à moi légèrement sur la gauche, un peu surélevée avec son air blagueur.
Et puis elle s’est mise à bouger. Ses cheveux blonds flottaient autour de moi et je lui disais qu’elle était bienheureuse en planant comme ça au dessus des choses, parce qu’elle voyait tout ce qu’elle avait tant aimé ; la campagne, les chevaux et le tremblement de la chaleur dans les près, sans les vicissitudes de la vie qu’elle avait connues et qui l’avaient tant abîmée.
Et puis les autres sont apparus aussi, dans l’odeur des foins et du crottin.
- Mon père et mon frère aîné
-Je ne me rappelais plus qu’il était mort celui là.
J’en ai profité pour lui dire qu’il m’avait bien fait chier quand j’étais môme.
Et pire encore.
L’avait-il emporté au paradis ?
Et puis j’ai regardé bien droit dans les yeux mon papa si gentil lui. Je le voyais tout vrai. Il était bien là, planté droit devant moi le petit bonhomme marron avec son éternel - (c’est le cas de le dire) - sourire naïf.
Puis je me suis mise à penser à ma mère mais subitement je me suis rappelée qu’elle n’était pas morte elle et qu’il n’y avait pas bien de raisons pour qu’elle meurt .
F. avait enfourché son cheval et flottait à son tour dans l’air qui tremblait au dessus des blés. On aurait dit un ralenti cinématographique mais en fait il venait à ma rencontre au galop. J’entendais les sabots du cheval frapper le sol sec.
J’ai fait un petit signe de connivence aux miens et je l’ai suivi dans la forêt.J’ai ensuite marché deux heures avec mon orteil cassé comme je l’ai dit, sous la canicule.Ma sœur, mon frère et mon père ne m’ont pas accompagnée sous les arbres.
Ils ont continué leur bacchanale dans l’air chaud au dessus du chemin par dessus les coquelicots et les bleuets tremblants.
